Et si l’on parlait enfin du coaching… en quittant la surface ?
Ces derniers jours, le coaching professionnel fait beaucoup parler de lui. Le film Le Gourou a relancé certaines critiques, parfois légitimes, parfois caricaturales.
Au même moment, je viens d’obtenir l’accréditation Senior Practitioner (EIA – EMCC). Un processus exigeant qui m’a invitée à revisiter plusieurs années d’accompagnement et à analyser en profondeur ma pratique.
Cette coïncidence m’a donné envie de partager quelques repères sur ce qu’est — et ce que n’est pas — le coaching professionnel.
Je vous propose donc une plongée dans les profondeurs de ce métier souvent mal compris.
À la surface : un mot qui entretient la confusion
Le mot coach est aujourd’hui utilisé pour désigner des réalités très différentes. Coach sportif, coach vocal, coach en organisation, coach professionnel… Il n’existe pas réellement d’exigence sémantique qui distingue clairement ces pratiques.
Et c’est souvent là que commencent les malentendus.
Dans l’imaginaire collectif, le coach est celui qui motive, pousse à se dépasser, donne des consignes pour atteindre un objectif. Le coaching professionnel repose sur une intention très différente.
Un entraîneur agit directement sur la performance.
Un coach professionnel élargit le champ de conscience d’une situation.
Et c’est souvent cette prise de recul qui, au final, permet d’améliorer durablement la performance.
Mettre le masque : créer un espace de respiration
La plupart des personnes qui viennent en coaching arrivent dans des contextes professionnels exigeants
- prise de poste ou évolution de responsabilité
- tensions relationnelles dans une équipe
- transformation organisationnelle
- surcharge mentale liée à la pression des résultats.
Dans ces situations, le champ de vision se rétrécit souvent. Le stress, les enjeux ou l’urgence créent une forme de focalisation : on regarde la situation à travers un angle très limité. Le coaching propose alors un espace d’ouverture et de respiration.
Un moment pour ralentir, prendre de la hauteur et élargir son regard pour se rapprocher des 360° sur une situation.
Comme lorsque l’on met un masque de plongée : la vision s’ajuste et l’on découvre des reliefs que l’on ne percevait pas depuis la surface.
Descendre sous la surface : dépasser la question apparente
Les demandes qui amènent une personne en coaching sont souvent très concrètes. Par exemple :
- Dépasser une difficulté relationnelle
- Faire face à une démotivation
- Retrouver de la maîtrise sur son organisation ou son niveau de stress
- Gérer des tensions ou des incompréhensions au sein de l’équipe
- Réussir à recadrer certains comportements sans détériorer la relation
- Faire face à des résistances lors d’un changement
- Retrouver une dynamique collective après une période de tensions, de croissance ou de changement
- Ajuster sa posture lorsque l’on devient manager d’anciens collègues
- Clarifier son rôle entre les attentes de la direction et celles de l’équipe lors d’une prise de poste
- Apprendre à déléguer tout en gardant un cadre clair … / …
Ces préoccupations professionnelles sont réelles et légitimes. Mais très souvent, ce qui se travaille en coaching ne se situe pas uniquement au niveau du plan d’action, car les professionnels savent généralement ce qu’il faudrait faire.
La question devient alors plutôt :
Qu’est-ce qui fait que cela ne se met pas en œuvre aussi facilement cette fois-ci ? C’est là que l’exploration commence réellement.
Explorer les profondeurs : relation à soi, relation aux autres, singularité
Au fil de la réflexion, certaines dimensions deviennent plus visibles.
La relation à soi : chaque personne arrive avec sa manière singulière de percevoir les situations. La relation au stress, la pression que l’on se met, la gestion du temps, le sentiment de légitimité, la confiance en soi ou la capacité à prendre du recul influencent profondément nos décisions et nos comportements professionnels. Explorer ces mécanismes permet souvent de retrouver davantage de liberté d’action.
La relation aux autres : Une grande partie des enjeux professionnels se joue dans la relation. Comprendre les logiques de ses interlocuteurs, ajuster sa communication, clarifier ses intentions ou poser un cadre relationnel plus juste peut transformer profondément une dynamique d’équipe.
La singularité de chacun : le coaching professionnel ne cherche pas à appliquer un modèle unique. Au contraire, il s’appuie sur la singularité de chaque personne : ses ressources, ses modes de fonctionnement, ses valeurs. C’est souvent à partir de cette singularité que les solutions deviennent réellement pertinentes et durables.
Explorer sans se substituer à la thérapie
Lorsque le coaching aborde certaines dimensions personnelles — la relation au stress, la confiance, les perceptions ou les modes d’interaction — une question revient parfois : où se situe la frontière avec la thérapie ?
Le coaching professionnel reste centré sur les situations de travail et sur la capacité d’action dans le présent. Il vise à éclairer ce qui se joue dans une situation professionnelle et à élargir les angles de compréhension pour permettre des décisions et des actions plus justes. Le coach n’est pas un thérapeute. Il n’est ni formé ni mandaté pour mener un travail thérapeutique.
Sa responsabilité consiste précisément à rester dans ce cadre professionnel.
Le coach peut être amené à mettre en mots ce qui, dans l’histoire de la personne, semble avoir un retentissement particulier pour elle dans une situation professionnelle, tout en restant attentif à ne pas entrer dans une exploration thérapeutique.
Il peut alors évoquer la possibilité d’un espace thérapeutique complémentaire lorsque cela paraît plus approprié.
Cette distinction fait partie de la déontologie du métier et contribue à garantir un accompagnement clair, respectueux et sécurisé.
Les courants : les dérives possibles et la nécessité d’un cadre
Comme toute pratique touchant aux dimensions humaines, le coaching peut aussi susciter des interrogations légitimes. Certaines dérives existent lorsque l’accompagnement se transforme en conseil directif, en influence excessive ou en promesses irréalistes. C’est précisément pour éviter ces situations que la profession s’est progressivement structurée autour de cadres éthiques et déontologiques.
Plusieurs organisations contribuent aujourd’hui à cette structuration :
- EMCC – European Mentoring and Coaching Council
- ICF – International Coaching Federation
- SFCoach – Société Française de Coaching
Ces fédérations proposent des référentiels de compétences, des chartes de déontologie et des processus d’accréditation exigeants. Elles participent également à des travaux collectifs visant à renforcer la qualité et la responsabilité des pratiques, notamment à travers des groupes de réflexion réunissant professionnels et chercheurs.
L’objectif est simple : garantir un cadre sécurisé pour les personnes accompagnées.
Au delà de la surface : une pratique reconnue dans les organisations
Si le coaching professionnel suscite encore des interrogations en France, il est déjà largement intégré dans les pratiques de développement des talents dans de nombreuses organisations et dans plusieurs pays.
Dans les cultures anglo-saxonnes ou nord-européennes, il est courant que des dirigeants, managers ou experts aient recours à un coach pour accompagner une prise de poste, un changement stratégique ou une transformation organisationnelle.
Loin d’être perçu comme un aveu de faiblesse, cet accompagnement est souvent considéré comme un signe de maturité professionnelle et de responsabilité.
Les nouvelles générations de professionnels semblent d’ailleurs plus ouvertes à cette idée.
Prendre du recul, réfléchir à sa posture, comprendre ce qui se joue dans une situation complexe devient progressivement une compétence à part entière.
Respecter le rythme de l'exploration
Comme en plongée, le coaching ne se fait ni dans la précipitation ni dans l’improvisation. Une plongée demande de préparer la descente, d’observer son environnement, puis de remonter progressivement. Le coaching fonctionne de manière similaire.
Les séances sont généralement espacées dans le temps afin de permettre à la personne accompagnée d’expérimenter, d’observer et d’intégrer ce qui évolue dans ses situations professionnelles.
Entre les séances, la réflexion continue souvent de se déployer dans le quotidien : une conversation qui résonne différemment, une décision prise avec plus de recul, une interaction qui s’ajuste.
Le coaching ne cherche pas à produire un changement immédiat, mais à favoriser une évolution durable, respectueuse du rythme de la personne et de la complexité des situations.
Vérifier son équipement : la supervision
Un autre pilier essentiel du professionnalisme du coach est la supervision.
La supervision est un espace dans lequel un coach travaille avec un superviseur pour prendre du recul sur certaines situations d’accompagnement. Par exemple, un coach peut sentir qu’il est particulièrement touché par la situation d’un client ou qu’une problématique résonne avec sa propre expérience. Dans ces cas-là, la supervision permet d’examiner ce qui se joue afin de préserver la qualité de l’accompagnement et la sécurité du client.
C’est un peu comme vérifier son équipement avant de replonger : on s’assure que tout est en place pour poursuivre l’exploration dans de bonnes conditions.
Entretenir sa pratique : formation continue et référentiels
Comme dans beaucoup de métiers d’accompagnement, le professionnalisme du coach repose aussi sur une formation continue régulière. Ces formations permettent de découvrir ou d’approfondir différents référentiels qui peuvent enrichir la compréhension des situations : par exemple la Programmation Neuro Linguistique, la Communication Non Violente, l’Analyse Transactionnelle, l’Elément Humain, ou encore certains outils de personnalité …
Ces approches offrent des grilles de lecture intéressantes. Elles permettent de confronter ses pratiques, d’élargir sa palette d’interventions et de rester dans une dynamique d’amélioration continue.
Pour ma part, je veille à suivre au moins une formation chaque année, précisément dans cet esprit d’apprentissage permanent. Ces modèles restent avant tout des repères et des supports de réflexion.
Ils ne remplacent pas ce qui constitue le cœur du coaching : la qualité de présence, l’écoute active, le questionnement, la reformulation, et la capacité à créer un espace de réflexion sécurisant pour la personne accompagnée. Autrement dit, les outils théoriques peuvent enrichir la pratique…mais ils ne remplacent jamais la posture relationnelle.
Les deux se travaillent en permanence, et c’est aussi ce qui fait l’exigence de ce métier.
La remontée : découvrir de nouvelles perspectives
Au fil du coaching, les personnes découvrent souvent qu’elles disposent déjà de nombreuses ressources. Le rôle du coach consiste alors à soutenir cette prise de conscience et à faciliter l’exploration.
Comme lors d’une plongée, la remontée se fait progressivement. Avec plus de clarté. Plus de recul. Et souvent, ce qui semble inimaginable au départ pour le coaché : un regard complètement renouvelé sur une situation qui semblait bloquée apparait. C’est souvent à ce moment-là que la personne réalise qu’elle ne regarde plus sa situation depuis la même profondeur. Le coaching professionnel repose aussi sur une dimension profondément relationnelle et humaine : la qualité de présence, l’écoute des silences, la perception des émotions, la finesse des ajustements dans la relation. Autant d’éléments qui contribuent à l’impact d’un accompagnement.
Les outils numériques peuvent soutenir la réflexion et sont en train de modifier l’environnement.
Mais la rencontre avec un autre regard humain reste un levier puissant pour avancer.
CONCLUSION
Peut-être est-ce simplement celà le coaching professionnel : créer un espace où l’on peut ralentir, respirer et regarder sa situation autrement.
Un espace où l’on élargit son regard, où l’on explore ses ressources et où l’on retrouve de nouvelles marges de manœuvre. Un peu comme lorsque l’on plonge sous l’eau :
Le paysage change, les perspectives s’élargissent, et l’on découvre parfois des richesses que l’on ne voyait pas depuis la surface.
Et peut-être que la vraie question n’est pas :
“Faut-il croire au coaching ?”
Mais plutôt :
Sommes-nous prêts à regarder nos situations professionnelles sous un angle plus large que celui auquel nous sommes habitués ?
Comme en plongée, le coaching demande parfois un certain courage.
Celui de quitter la surface, là où tout semble familier et maîtrisé, pour explorer ce qui se joue un peu plus en profondeur : nos perceptions, nos réflexes, nos manières d’interagir avec les autres.
Le coaching ne cherche pas à transformer les personnes ni à leur apporter des réponses toutes faites. Il crée un espace pour regarder une situation avec plus de lucidité, ouvrir d’autres angles de compréhension et retrouver de nouvelles marges de manœuvre.
Dans cette exploration, le coach est un peu comme un instructeur de plongée :il ne plonge pas à la place du plongeur. Il veille au cadre, à la sécurité et aux conditions qui permettent à chacun de découvrir ses propres ressources et d’explorer de nouveaux espaces, permettant d’éclairer des situations obscures ou troubles au départ.
En plongée comme en coaching, la richesse n’apparaît qu’à ceux qui acceptent de quitter la surface.
Et pour vous ?
Alors, une question pour finir :
Et si, dans certaines situations professionnelles, la première chose à éclairer… était ce que nous préférons laisser dans l’ombre ?