Quand une équipe prend le temps de regarder comment elle travaille ensemble, un nouveau potentiel collectif peut émerger.
1. Quand tout semble déjà bien fonctionner
Il arrive que des équipes fonctionnent déjà très bien.
Les projets avancent, les relations sont fluides et chacun connaît son rôle.
Et pourtant, lorsque l’on prend un moment pour regarder la manière de travailler ensemble, on découvre souvent un potentiel encore inexploité.
Dans beaucoup d’organisations, nous parlons beaucoup du quoi : les projets à mener, les objectifs à atteindre, les décisions à prendre.
Mais une question reste souvent en arrière-plan : Comment travaillons-nous réellement ensemble pour y parvenir ?
2. Quand le “quoi” prend toute la place
Prenons l’exemple d’une réunion d’équipe. L’ordre du jour est dense : projets en cours, décisions à prendre, points d’avancement. Les échanges sont efficaces, les sujets avancent, les décisions se prennent. Tout semble fonctionner. Pourtant, il est rare que l’on prenne quelques minutes pour se demander :
- Comment les décisions se construisent réellement
- Si chacun se sent libre d’exprimer ses idées ou ses désaccords
- Si certaines voix restent parfois en retrait
- Ou si les échanges permettent vraiment de faire émerger le meilleur du collectif.
On attribue souvent à Albert Einstein cette idée : lorsqu’on cherche à résoudre un problème, il est souvent plus utile de consacrer du temps à bien comprendre et formuler la question avant de se précipiter vers les solutions.
Dans les collectifs aussi, prendre ce temps de clarification peut permettre d’éviter certains malentendus et d’élaborer des réponses plus pertinentes.
3. Ce que cela change très concrètement
Lorsque les équipes prennent le temps d’observer leur fonctionnement, les effets deviennent rapidement visibles. Dans certains échanges collectifs, les mêmes voix occupent naturellement l’espace. Certain(e)s prennent la parole spontanément, tandis que d’autres, plus réservées ou plus introverti(e)s, gardent leurs idées pour eux/elles.
Lorsque le cadre d’échange évolue – par exemple en structurant les tours de parole ou en invitant chacun à partager son point de vue – il se produit souvent quelque chose d’intéressant : les personnes les plus à l’aise à l’oral prennent un peu de recul et d’autres contributions apparaissent. Des idées plus nuancées, parfois plus réfléchies, enrichissent alors la réflexion collective.
Les retours exprimés peuvent être entendus, discutés puis transformés en ajustements concrets : clarification des attentes, évolution de certaines pratiques ou amélioration de la circulation de l’information. Peu à peu, ces ajustements renforcent la confiance et la fluidité du travail collectif.
4. Quand les échanges nourrissent la créativité et l’anticipation
Lorsque les interactions deviennent plus ouvertes et plus équilibrées, un autre phénomène apparaît : la créativité collective se développe. Les idées circulent davantage, une contribution en appelle une autre,
une question en fait émerger plusieurs autres …
Peu à peu, le groupe construit une compréhension plus large de la situation. Certaines réponses permettent alors d’anticiper des situations à venir, d’identifier des risques ou d’imaginer des options nouvelles que personne n’aurait forcément envisagées seul.
Dans ces moments-là, l’équipe ne se contente plus simplement de résoudre les problèmes du moment.
Elle développe progressivement une intelligence collective qui lui permet de mieux se préparer à ce qui pourrait arriver demain.
5. Travailler le “comment” avant les tempêtes
C’est un peu comme un équipage de régate. Le jour de la course, l’objectif est clair : atteindre la ligne d’arrivée le plus vite possible. Mais si l’équipage se concentrait uniquement sur la destination, il aurait peu de chances de performer.
Avant la compétition, les marins passent de longues heures à travailler le “comment” : la coordination des gestes, la communication à bord, la répartition des rôles ou encore la manière de réagir lorsque le vent change brusquement. C’est ce travail en amont qui leur permet, le jour J, de rester efficaces lorsque les conditions deviennent plus difficiles.
Dans les organisations aussi, les périodes de crise révèlent souvent la solidité des collectifs. Durant la période du Covid, on a pu observer que les dirigeants qui s’en sont le mieux sortis n’étaient pas forcément ceux qui prétendaient avoir toutes les réponses. Ce sont souvent ceux qui ont su reconnaître la complexité de la situation, partager leurs interrogations et associer leurs équipes à la réflexion.
En assumant leur vulnérabilité face à une situation inédite, ils ont ouvert un espace de dialogue qui a permis au collectif de trouver des réponses plus adaptées.
6- Prendre du recul… quand on est au cœur de l’action
Dans le quotidien des équipes, il n’est pas toujours simple de prendre ce temps de recul.Lorsque l’on est soi-même engagé dans les projets, les décisions, les contraintes opérationnelles ou les urgences du moment, il devient naturellement plus difficile de porter ce regard sur la manière dont le collectif fonctionne. C’est un peu comme essayer d’observer un paysage lorsque l’on se trouve au milieu de la forêt : la perspective est plus difficile à percevoir.
Dans ces moments-là, la présence d’un regard extérieur peut s’avérer précieuse. Non pas pour apporter des solutions toutes faites, mais pour tenir le cadre de la réflexion, faciliter les échanges et permettre au collectif de regarder plus sereinement son propre fonctionnement.
En confiant l’animation du processus à un intervenant extérieur, les membres de l’équipe – et leurs leaders – peuvent pleinement participer à la réflexion, partager leurs perceptions et construire ensemble des pistes d’évolution. Ces temps de prise de recul permettent souvent de faire émerger des prises de conscience utiles, qui soutiennent ensuite l’évolution et le déploiement du collectif dans la durée.
6. Ce que la nature nous apprend :
La nature offre elle aussi de belles illustrations de ces dynamiques collectives.
Dans certaines cultures agricoles, les champs sont composés d’une seule variété de plante, sélectionnée pour être très performante. Pourtant, ces cultures peuvent devenir plus vulnérables aux maladies ou aux parasites. Les recherches menées en agroécologie montrent au contraire que lorsque plusieurs variétés ou espèces cohabitent, le système devient plus stable. Le blé nous rappelle l’importance de la Diversité
Les forêts offrent un autre exemple fascinant. Les arbres ne vivent pas isolément. Par leurs racines et les réseaux de champignons présents dans le sol, ils échangent des nutriments et des signaux chimiques. Lorsqu’un arbre est attaqué par un parasite, il peut alerter les arbres voisins, qui activent alors leurs mécanismes de défense. La forêt nous montre la force de la Qualité des interactions et de la communication interne.
Enfin, les prairies naturelles sont composées de nombreuses espèces végétales. Si certaines plantes souffrent d’une sécheresse ou d’une maladie, d’autres prennent le relais. Le système continue ainsi à fonctionner malgré les perturbations. La prairie nous parle d’adaptabilité.
CONCLUSION
Dans les organisations aussi, ces principes sont précieux. Lorsque les équipes favorisent :
- La diversité des points de vue,
- La qualité des interactions,
- Et la capacité à s’adapter ensemble,
elles développent progressivement une solidité qui leur permet de traverser plus sereinement les changements et les imprévus.
Dans nos organisations, nous passons beaucoup de temps à parler de ce que nous avons à faire. Peut-être gagnerions-nous parfois à prendre aussi un moment pour réfléchir ensemble à la manière dont nous le faisons.
Les idées évoquées ici s’inspirent également de travaux menés dans différents domaines, notamment autour de la notion de robustesse développée par le biologiste Olivier Hamant, ainsi que de recherches en écologie et en agroécologie qui éclairent la manière dont les systèmes vivants parviennent à rester solides dans des environnements incertains.
Et pour vous ?
Ces temps de recul sont parfois difficiles à créer lorsque l’on est pleinement engagé dans l’action quotidienne. Ils gagnent souvent à être facilités dans un cadre extérieur qui permet au collectif de prendre cette hauteur.
Et dans votre équipe… quel espace est donné au comment ?
Existe-t-il des moments où vous prenez collectivement le temps de regarder :
- Comment les décisions se construisent réellement,
- Comment les différentes voix peuvent être entendues,
- Comment les retours sont accueillis et transformés en ajustements concrets ?
Ou bien ces questions restent-elles le plus souvent en arrière-plan, au profit de seuls sujets opérationnels autour des objectifs et des résultats ?